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Personalités 2008

PERSONNALITÉ DU MOIS DE FÉVRIER 2008

MICHELLE FISET JOSEPH

Texte : Clément Germain

C’est avec son bel accent acadien, une bonne tasse de thé chaud et des biscuits frais sortis du four que Michelle m’accueille pour notre entretien. 2Elle a gardé non pas seulement l’accent acadien mais aussi les tournures du Cap-Breton : “Mes parents y avont parlé français ensemble”. C’est délicieux à écouter.

D’abord en entrant, elle me dit : “Je suis contente d’être en vie.” et j’ai vite compris toute la portée de cette phrase si simple. À l’âge de dix ans, Nancy, sa compagne de jeu, lui déclare “Maman dit que tu n’as que six mois à vivre.” Tout le voisinage le savait sauf elle. Devant le fait accompli, Mme Fiset répond avec douceur à sa fille : “C’est ce que le docteur a dit mais je ne voulais pas te le dire. Tu sais un docteur ça peut se tromper et avec confiance et l’aide du Bon Dieu, tu vas t’en sortir.” Et vingt-huit ans plus tard Michelle est toujours là pour nous raconter son histoire. Malgré son combat constant Michelle a confiance dans l’avenir; elle garde une attitude positive devant l’adversité. Très jeune, elle a appris que la vie n’est pas parfaite. Elle a tellement vu souffrir son père dès sa plus tendre enfance. Joseph Alfred Fiset (Joe pour les amis) est décédé d’un cancer du poumon le 21 juin 1990. D’une santé très faible, il avait reçu au cours de sa vie vingt-cinq opérations chirurgicales. Donc, très jeune, Michelle a côtoyé la souffrance. Elle était très proche de son père et, à vingt ans, son décès à été un grand choc pour elle.

Née à Sault Ste. Marie en 1969, Michelle a un grand frère, Wayne, de huit ans et demie son aîné. Il travaille pour le ministère des Ressources naturelles mais il est tout à fait différent de sa petite soeur. Lors d’un voyage à Chéticamp en Nouvelle-Écosse, à huit ans, Michelle a fait l’heureuse découverte de sa grande famille. Pas gênée, elle était à l’aise avec ses nombreux cousins et cousines ainsi que les quelques vingt-sept ou vingt-huit oncles et tantes (Marie-May Boudreau, sa mère, avait quinze frères et soeurs). Michelle a bien connu sa grand-mère, Joséphine Boudreau, née Roach, à la tête de toute 5cette ribambelle de descendants. Ses visites annuelles à Chéticamp lui ont aidé à garder contact et encore aujourd’hui elle téléphone chaque semaine à ses tantes Marie-Louise, Zabeth ou Thérèse. C’est sans doute pourquoi elle garde son français imagé avec l’accent et les expressions du Cap Breton. On dit d’elle que Michelle a beaucoup du naturel, voulant dire qu’elle reste proche de ses racines, de sa famille. Le conjoint de Mme Fiset, Joe Turbide, a bien aidé et bien poussé pour qu’elle garde son français “Marie, il faut que tu parles français à Michelle sinon elle va le perdre.” Merci Joe pour le petit coup de pouce.

À dix ans, elle doit aller à l’hôpital parce que toujours fatiguée et blême comme les murs. Des tests révèlent alors une forme très rare de leucémie: “A-plastic-anemia”. La moelle épinière ne produit plus le sang neuf dont le corps à besoin. Aussitôt, l’avion ambulance la transporte à “Sick Children’s Hospital” à Toronto. Elle doit recevoir deux unités de sang à tous les quinze jours et ce, pendant plusieurs années. Michelle a donc besoin d’une transplantation de moelle épinière. Toutefois, au début des années quatre-vingts, la technologie ne permet pas encore le don d’un étranger et malgré de nombreux oncles et tantes, cousins et cousines, aucun "match" ne peut être trouvé dans sa parenté. C’est alors que les médecins ne lui donnent que six mois à vivre. Elle réalise aussi qu’elle ne revoit plus certains patients, ses amis, qu’elle a rencontrés à l’unité oncologique et qu’ils ne reviendront plus... C’est alors que M. et Mme. Fiset ramènent leur petite fille à la maison, parmi les siens. Son frère Wayne revient de l’université de Guelph pour être près de sa soeur et prêter main forte.

Mais les médecins ne connaissent pas bien Michelle avec sa volonté de vivre et son optimisme. Avec l’aide de la Providence, des transfusions de sang tous les quinze jours et beaucoup de médicaments, elle tient tête à la mort pendant quelques années. Sa maladie est la première à lâcher le combat et Michelle jouit d’une vie à peu près normale en rémission pendant sept ans et demie.

La jeune fille est maintenant indépendante, travaille à l’hôpital, à son propre appartement et jouit de sa vie d’adolescente. Quand elle a dix-sept ans, ses parents déménagent à Heritage Place, son père en trop mauvaise santé pour s’occuper de l’entretien de la maison. Puis, à l’âge de vingt-sept ans, la perte de son père adoré est peut-être un trop grand choc pour elle. Quelques mois après les funérailles, un test routinier révèle que plus rien ne va dans son sang et que la leucémie “A-plastic-anemia” est de retour. Moins forte que la première fois mais de retour quand même. Maintenant, la science a fait du progrès dans le domaine et le vingt-huit novembre 1996, Michelle reçoit une transplantation de moelle épinière d’un donneur étranger.

La procédure consiste à tuer toutes les cellules cancéreuses par la radiation et de la chimiothérapie  avant d’injecter dans ses veines les bonnes cellules de moelle épinière d’un donneur compatible. Ces bonnes cellules vont s’implanter dans ses os, se multiplier et commencer à produire d’elles-même le nouveau sang si nécessaire à la survie. Tout est beau en théorie mais la radiation et les traitements de chimiothérapie  ne tuent pas que les cellules cancéreuses. Les cellules saines sont aussi affectées et le système immunitaire ne fonctionne plus. Comme la transplantation de moelle épinière venant d’un donneur étranger est encore en expérimentation les doses sont beaucoup trop fortes et causent bien des dommages collatéraux.

Mais grâce à sa grande foi “Le Bon Dieu peut faire n’importe quoi; il faut avoir confiance” et grâce au soutien constant de sa famille et de son mari, Terry Joseph, elle s’en sort à nouveau même si ses chances ne sont que de quarante pour cent. Michelle est très reconnaissante à tous les donneurs de sang sans qui rien de tout ceci ne serait possible et aussi surtout à Sylvian, la jeune donneuse allemande qui lui a si généreusement donné de sa moelle épinière.

1Grâce au consentement mutuel, les deux jeunes femmes ont obtenus les noms et adresse de l’autre. Puis, en 2000, Terry et Michelle se rendent en Allemagne à l’invitation du mari de Sylvia. Klaus lui organise une fête surprise et Michelle ne peut rater l’occasion de rencontrer celle qui lui a sauvé la vie. Le moment de cette rencontre est gravé à jamais dans la mémoire de Michelle et elle ne pourra pas l’oublier. Malgré la différence de langue, les deux couples s’entendent à merveille et, en 2001, leurs nouveaux amis viennent à Sault Ste. Marie leur rendre visite. Le couple Joseph en profite pour leur faire connaître différentes expériences: vie de camping, pêche, visite des pictogrammes du parc du Lac Supérieur, l’expérience du “sweat lodge” autochtone à Garden River ainsi qu’un “pig roast” où une centaine d’invités célèbrent le miracle de la transplantation. Michelle est très heureuse d’avoir rencontré celle qui lui a redonné la chance de vivre. Elle dit que les donneurs de sang et les donneurs d’organes ne réalisent pas à quel point ils font une différence dans la vie des autres. Ce sont des gens d’un naturel généreux. Les statistiques démontrent que seulement quatre pour cent de la population en général donnent de leur sang alors que dix pour cent en auront besoin un jour ou l’autre de leur vie.

“C’est bien beau d’avoir la santé, la richesse, une vie où tout va bien mais il faut aussi parfois être exposé aux aspects négatifs comme la pauvreté ou la maladie afin de pouvoir développer des mécanismes de survie ou coping skills.” Sinon, la première adversité te fait perdre le nord. Je n’ai pas la santé mais j’ai un bon mari courageux qui me supporte, m’encourage et va être à mes côtés toute ma vie. J’ai beaucoup d’amis, une bonne famille et assez d’argent pour vivre. J’ai donc plus que bien des gens en bonne santé.

Mais Michelle ne se leurre pas. Après tous ses traitements de chimiothérapie et de radiation ainsi que ses médicaments anti-rejet, son système immunitaire se trouve affaibli. Elle est consciente qu’elle est plus vulnérable que le commun des mortels. On lui a d’ailleurs déjà changé les deux hanches ainsi que les deux épaules. Celle de droite, il y a à peine dix semaines et elle est fière d’avoir déjà repris soixante-dix pour-cent de mouvement de son bras droit.

Michelle a raison d’être optimiste: elle a appris à se battre contre la maladie. En 1996, elle a survécu à une transplantation où elle n’avait que quarante pour-cent des chances de s’en sortir. On la suit régulièrement avec un mammogramme et une colonoscopie annuelle. Parlant d’autres formes de cancer, elle me dit: “Si ça arrive, ça arrive; il n'y a rien que je peux faire, il me faut rester positive.”

Michelle n’a que des éloges pour son oncologue, le docteur Walde. “Je n’ai pas de mots pour décrire sa générosité et son don de soi; il n’y a personne comme lui. Il est très proche de ses patients et passe des nuits à faire des recherches pour toi. Je suis très chanceuse d’avoir le docteur Walde. Si j’ai un problème, je l’appelle et il me répond : "Peux-tu être à mon bureau dans quinze minutes?" C’est vrai que je suis un petit peu spéciale pour lui : je suis l’un de ses grands succès et il voit tout ce qui peut survenir dans mon avenir alors il fait tout son possible pour moi.”  Il n’est pas étonnant que son oncologue lui interdise toute médecine alternative. Elle a passé à travers tant de procédures diverses qu’un médicament bon pour les autres pourrait avoir un effet adverse pour elle. Déjà le médicament pour éviter le rejet de son transplant lui a causé une maladie des os. D’où ses nouvelles hanches et ses épaules remplacées. En 2003, son médecin lui a avoué: “ Tu ne travailleras plus jamais.” Son travail lui manque et surtout le contact avec les autres. Elle a beaucoup d’empathie pour les autres et avec son expérience de vie adorait être réceptionniste à l’hôpital pour le Algoma District Cancer Program. Elle avait trouvé sa place et se sentait vraiment utile. Aujourd’hui, quand sa santé lui permet, elle se porte volontaire pour la Société canadienne du sang. Elle a reçu deux unités tous les quinze jours de 1980 à 1983 et de 1990 à 1996. Alors, c’est sa façon de dire merci, de donner un mot d’encouragement, elle qui a tant reçu.

Michelle aime le changement, les nouveaux défis. C’est pourquoi elle a eu bien des emplois différents dans sa vie adulte quand elle se sentait assez forte pour travailler. Quinze ans à l’hôpital où elle a eu tous les postes imaginables, serveuse au Swiss Chalet, caissière chez Pino’s IGA, réceptionniste pour le Programme régional de Cancer d’Algoma et aussi hôtesse de l’air avec Canadian Partner. Elle a obtenu ce poste à cause de son français. Son trajet régulier était Hamilton-Montréal aller-retour. Elle se fatiguait de ses emplois et cherchait un nouveau défi. Elle aime essayer quelque chose de différent. “C’est ce qui fait la joie de vivre. Cet été, je veux conduire à Chéticamp avec maman.3 Depuis que j’ai arrêté de travailler, j’ai perdu de ma confiance. Ça va me donner le sentiement que je peux faire n’importe quoi. Je veux vivre ma vie.”

Entre-temps, Michelle sort avec ses amies, s’occupe de son mari, de ses chiens et entretient la maison. “J’aimerais avoir des enfants mais c’est impossible alors je gâte mes chiens comme mes bébés.” Kahlua, trois ans et Tia cinq ans sont les chanceux de cette situation. Les deux épagneuls anglais pure race reçoivent toute l’attention de leurs maîtres.

Michelle adore s’occuper de Sophie et Ethan, sa nièce et son neveu et faire des activités avec eux. Elle passe beaucoup de temps avec Terry en camping, à la chasse et à la pêche ou en motoneige. Elle a bien hâte au printemps pour recommencer à jardiner. Avec ses deux nouvelles épaules et ses hanches neuves, elle pourra enfin faire pousser son petit jardin potager et ses fleurs.

Leur maison sur la Third Line est très bien située. 4L’avant donne sur une ferme avec de grands champs. La vue est superbe : pâturages verts en été et grands espaces blancs en hiver. L’arrière de la maison est adossé au bois et des sentiers mènent jusqu’à la Root River. Les chiens adorent y courir à leur guise.

Tout le monde se confie à Michelle. Avec son expérience de vie, elle comprend les autres et peut les conseiller. “Sois content et apprécie ce que tu as au lieu de pleurer pour ce que tu veux avoir. Trouve en toi la vie que tu veux et vis-la; tu n’en as qu’une.”

Merci Michelle pour ton exemple de courage et ta foi devant l’adversité. Merci d’avoir bien voulu partager avec nous. Bonne chance!

 


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