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Personalités 2007

PERSONNALITÉ DU MOIS DE ÉTÉ 2007

PIERRE VERHELST

Texte : Clément Germain

Arrivée de Belgique au début du siècle dernier, la famille Verhelst a planté ses racines dans la région d’Ottawa. Ignace Verhelst, l’arrière-arrière grand-père de Pierre a fait don d’un terrain pour la construction de l’hôpital Montfort et son nom s’y trouve à jamais immortalisé et associé à cette belle oeuvre.

Pierre fait partie de la sixième génération métissée depuis le départ de la Belgique. Du côté de sa mère, on retrace l’arrivée de Pierre Boivin de Normandie en 1635. Celui-ci travaille comme menuisier au fort Ste. Marie de Midland en Ontario. Il a dû prendre quelques instants de répit de son emploi puisque son épouse donna naissance à treize enfants. De cette descendance, quelque sept cent Boivin se sont réunis à Québec en 1995. Cependant, quelques uns d’entre eux portent maintenant le nom de Drinkwine.

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Pierre a adoré assister à la naissance de ses trois enfants : Tyler, âgé de dix-sept ans, Marissa de quatorze ans, ainsi que Michelle de douze ans. Il a épousé Kathy McKee en septembre 1987. Kathy est parfaitement bilingue et les conversations sont en français à la maison. Pierre est très fier de son épouse qui a appris le français et apprécie que ses amis du Québec puissent être accueillis dans leur langue lorsqu’ils téléphonent à la maison.

Arrivé à Sault Ste. Marie le 4 mai 1986, Pierre y travaille toujours aujourd’hui pour le Ministère des ressources naturelles, service aérien, comme technicien en mécanique d’aviation. (Aircraft maintenance engineer) où il est spécialisé dans l’installation et la maintenance des appareils de communication et navigation à bord des aéronefs. Avec son équipe, il doit s’occuper d’une trentaine d’avion dont celle du ministre de l’Ontario, M. Dalton McGuinty, ainsi que de neuf autres servant à éteindre les feux de forêt. Saviez-vous que le concept de noyer les feux de forêt à l’aide d’hydravion a été conçu et mis au point ici même à Sault Ste. Marie? Pierre a beaucoup d’admiration et de respect pour l’inventeur, M. Tom Cooke qu’il a connu personnellement.

Aviateur lors de la deuxième guerre mondiale, cet inventeur a observé les locomotives à vapeur faire le plein d’eau à l’aide d’écopeurs qui happaient le liquide d’un long bassin entre les rails. Si le train s’arrêtait pour s’approvisionner en eau, il devenait alors une cible trop facile pour les avions ennemis qui en profitaient pour le bombarder. M. Cooke a utilisé le même principe pour remplir les réservoirs montés sur les flotteurs des avions pour ensuite les déverser sur un feu avoisinant.

Après dix ans d’essais et bien des améliorations, son invention a été utilisée avec grand succès et est maintenant répandue à travers le monde entier. Pierre doit faire l’entretien de neuf de ces Bombardiers si célèbres. Et il est très fier de faire partie de cette équipe. En appel vingt-quatre heures par jour il doit parfois aller faire les réparations sur les lieux même des feux. Ces avions écopent 1 500 gallons d’eau en moins de douze secondes, les emmagasinent dans les flotteurs pour les déverser sur les feux récalcitrants.

De 1995 à 2000, il est allé faire des stages au Texas de deux à trois semaines par année pour aider à mettre sur pied un programme d’immunisation contre la rage. Ce système employé avec succès en Ontario depuis nombre d’années consiste à larguer des boulettes de nourriture à partir d’avions. Les animaux sauvages, loups, renards ou coyotes s’immunisent en croquant à belles dents dans ces boulettes médicamentées. L’expertise de Pierre et de ses coéquipiers a grandement aidé à enrayer l’épidémie de rage qui sévissait au Texas.

Né en mars 1955 à North Bay, Ontario , Pierre est le fils de Gérard Verhelst, un foreur à diamant employé à l’exploration en surface à la recherche de minerai pour les mines. Les absences prolongées de son père (il était en forêt presque dix mois par année) ont profondément marqué le jeune enfant. Il se souvient de lui comme d’un homme qui aimait bien sa bière et faisait la fête. Sa mère, Berthe Boivin, originaire de Roberval au Lac St. Jean a élevé la famille sans l’appui constant de son mari.

De l’école primaire S. Vincent de Paul, Pierre a gradué à l’école secondaire Algonquin (1ière école secondaire publique bilingue, aujourd’hui devenue catholique). Grâce à Baxter Ricard et à de l’équipement donné par un bénévole de Sudbury, Pierre et ses copains construisent de toutes pièces un poste de radio en bonne et due forme qui émet à l’école même dans les collines. En onde tous les matins, Pierre est l’un des annonceurs de F.R.O.G. (Franco Radio ON Gagnera). Grâce à l’expertise de Chuck Haskets, un vrai génie en électronique, on peut aussi offrir de la musique genre discothèque bilingue pour les danses et les noces locales. On joue du Robert Charlebois, Mireille Mathieu ou Renée Martel et autres artistes francophones populaires à l’époque.

Pensant faire carrière comme annonceur de radio, Pierre est toutefois touché par une présentation d’un pilote de brousse qui amène les prospecteurs dans les endroits isolés. Sa collection de pépites d’or, de labradorite et de pierres semi-précieuses impressionne beaucoup la jeune imagination de Pierre. L’avionique devient donc sa nouvelle passion. En 1974, il s’inscrit à un cours de formation au Collège CANADORE comme mécanicien d’aéronef, c’est-à-dire avion, hélicoptère et tout ce qui vole. À sa sortie, devenu mécano qualifié, Les Hélicoptères Trans-Québec lui offrent un emploi pour l’entretien de leur flotte d’une quarantaine d’appareils. Comme plusieurs de leurs pilotes sont des vétérans anglophones de la guerre du Viet-Nam, la compagnie recherche du personnel bilingue qui puisse facilement communiquer avec eux.

Pierre est très impressionné par la vie au projet de la Baie James. Pendant sept ans il va de LG2, LG3, LG4, à Caniapisco, Opinaka, East Main, Némisco, Galina, Ste. Jovite, Chibougamau ou Chapais, faisant l’entretien et la réparation des hélicos de la compagnie. Lors de l’entretien, des hélicoptères il a eu la chance de rencontrer plusieurs passagers célèbres dont Monsieur Mille-Watts lui-même, le grand Gilbert Bécaud. Il n’a pas donné la main à René Lévesques en personne mais il a eu le privilège de nettoyer de nombreux mégots de cigarettes laissés par l’illustre fumeur dans les cendriers des hélicoptères.“Ça a été une belle période de ma vie ces sept années passées au projet de la Baie James et des lignes de transmission pour acheminer l’électricité vers les grands centres urbains américains.”

À son arrivée à Sault Ste. Marie, il a été initié à la radio amateur. Pouvant déjà émettre cinq mots à la minute en code morse grâce à son stage chez les Cadets de la Marine, Pierre s’est facilement amélioré pour obtenir son permis et communiquer avec les gens du monde entier. Il s’est équipé et est devenu mordu de ce mode de communication. Mais aujourd’hui avec l’arrivée de l’Internet qui peut faire les mêmes tâches et plus encore en une fraction de temps, la radio amateur est tombée en désuétude. Mais Pierre de dire : "Comme c’est incroyable comment tu peux imaginer et visualiser la personne avec qui tu communiques selon ce qu’elle te dévoile d’elle-même". Les dit-dit daw-daw peuvent être très révélateurs.

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Sa plus récente passion, parce que Pierre est un être passionné, c’est la moto! Sa “Sylvie” du mot silver, est une Honda ‘86 de quatre cylindres qui développe 85 chevaux vapeur. Il a obtenu cette moto de dix-neuf ans qui était encore toute neuve, avec à peine vingt-huit mille kilomètres à l’odomètre. Son dernier bébé est une Honda Goldwing rouge 1997 de six cylindres développant 100 cv nommée “Big Red”. Pierre est en train d’y poser le nécessaire pour tirer une petite remorque. Il m’a montré à l’Internet celle qui l’intéresse: un “Bunk-house camper” avec air climatisé et grand lit king-size.

Pierre adore les randonnées de groupe plus sécuritaires que les voyages solos. Il fait partie du “Gold Wing Road Rider Association” qui est un groupe de motocyclistes en train de redorer l’image des motards. C’est un groupe très sélect de gens en moyens, avocats, médecins, cols blancs, etc. Pour faire partie de ce groupe, il faut suivre les règles: les jurons ne sont pas permis, pas de boisson en publique et il faut prendre tous les cours nécessaires. La cordialité y règne ainsi que la courtoisie et la bonne entente. Tout à l’opposé des Hell’s Angels, le Gold Wings donnent un bon nom au sport de la randonnée moto. Pierre adore voyager avec ses enfants (Tyler a sa propre moto) même si son épouse ne partage pas son enthousiasme.

Très impliqué dans la communauté Pierre a été membre du C.C.L.F (Comité consultatif de la langue française) lors de la crise linguistique de Sault Ste. Marie. À l’époque l’enseignement du français était considéré comme un privilège alors que maintenant, c’est un droit acquis. “La situation d’alors m’a fait réaliser que j’abhorrais qu’on donne à quelqu’un d’autre le privilège de gérer nos services à leur avantage.”

Dans les classes françaises (bilingues en réalité), on devait aussi offrir le service aux petits anglophones qui ne parlent pas la langue et doivent en apprendre la base, retardant ainsi de beaucoup les petits francophones qui connaissent déjà ces rudiments. Pour Pierre, l’important est que ses enfants reçoivent la meilleure éducation possible en français et ouvrent leur esprit à différentes options afin qu’ils puissent faire un choix en connaissance de cause. Ainsi si on enseigne la religion, que toutes les religions principales soient présentées sans offrir l’exclusivité à une seule d’entre elles.

Le comité, n’ayant aucun pouvoir décisionnel, n’était présent que pour recommander et aviser le conseil scolaire qui ensuite pouvait faire à sa guise. Plusieurs conseillers étaient sympathiques à la cause alors que d’autres avaient peur à leur avenir politique si on accordait aux francophones ce qui leur était dû. Cette expérience lui a ouvert les yeux sur la politique, la politicaillerie, les agendas cachés et tout ce qui se passe derrière les portes fermées. “Je suis tout à fait d’accord avec toi mais je ne serai jamais réélu si je vote en faveur de ce que tu proposes.” En fin de compte, c’est ce qu’il y a appris qui l’a incité à continuer dans le syndicalisme.

Pendant dix ans, Pierre a été membre du conseil d’administration de l’ACFO (Association canadienne française de l’Ontario). Aux côtés de Jean-Marie Wissell et Chantal Santerre, il a oeuvré à faire avancer la cause francophone à Sault Ste. Marie. Mais les gens n’ont jamais compris ce que l’ACFO peut leur apporter et tous ont peur de s’engager. Pierre a été très déçu de voir s’effriter des projets qui lui tenaient à coeur comme le logement pour personnes âgées francophones à cause du manque d’intérêt des personnes impliquées. À cause de ce négativisme, l’ACFO locale est maintenant défunt et ne peut plus faire pression auprès des différents niveaux du gouvernement.

M. Verhelst est l’un des membres fondateurs du Centre du patrimoine des avions de brousse (Canadian Bushplane Museum) et après vingt ans, il en est toujours membre actif. Avec Dave Redmond, il a restauré un hélicoptère Bell 1953. Aidé de quelques membres, à partir d’un morceau d’épave, ils ont reconstitué l’aéronef au complet. À la recherche de pièces originales ils ont parcouru l’Amérique du Nord et assemblé le tout dans un hangar. Aucun morceau ni modification n’a été fait après 1953. Le tout a été assemblé selon les plans originaux. Pierre a même suivi un cours pour se qualifier et recevoir un diplôme certifié de la Southern Illinois University of Carbondale afin de travailler légalement à la reconstruction et réfection de cet appareil maintenant en exposition dans le Centre du patrimoine des avions de brousse. Malheureusement, après quinze années de travail volontaire, un accident malencontreux a mis fin à leur espoir de parfaire le projet jusqu’à ce qu’il soit en état de voler de ses propres pales.

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Les touristes étrangers sont impressionnés et agréablement surpris d’entendre les gens s’exprimer dans les deux langues officielles au Centre du patrimoine. Un visiteur de la France a même fait la remarque “Vous parlez le vieux français monsieur, mais vous sacrez comme nous!” Ce qui nous fait réaliser que le français d’ici n’a pas évolué au même pas qu’en France ce qui le fait qualifier de “vieux français”.

Depuis 2002, Pierre travaille à l’obtention de son B.A. en droit et justice à l’Université d’Algoma. Il ne lui manque que onze cours pour atteindre son but. Déjà très impliqué dans le syndicalisme, il veut se qualifier davantage. Pierre est très impressionné par la qualité de l’enseignement de son professeur, l’ex-juge Greco, qui sait faire comprendre à ses étudiants toutes les nuances et implications des différents cas à juger.

Comme mot de la fin, Pierre Verhelst nous laisse cette exhortation: “À Sault Ste. Marie, nous vivons dans un contexte qui n’est pas facile. Chacun de nous, qui a la francophonie, à coeur doit faire sa petite part si on veut que le français garde ses racines bien saines, bien vivantes et bien implantées dans la région.

Merci Pierre pour ce que tu as fait, pour tes bons conseils et bonne chance.


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