
Personalités 2007
PERSONNALITÉ DU MOIS DE SEPTEMBRE 2007
PATRICIA RICARD
Texte : Jean-Marie WissellIl est minuit trente. Nous sommes au début du mois de juillet. Il fait chaud. Je ne peux pas fermer l’oeil. Comme d’habitude, nous avons roulé, Christine (mon épouse) et moi, comme des fous toute la journée ! Même si, en tant qu’enseignant, je suis en vacances tout l'été, j’ai quelques gros projets scolaires à compléter pour la rentrée. Les plans du projet sont là, dans ma tête. Mais ce soir, je n’ai pas le goût de les aborder.
Oh, oui! En passant, pour comprendre, je suis un couche tard et un lève tôt. Bon ! L’autre tâche qui me tracasse, c’est la personnalité du mois pour la page web du Centre francophone. J’ai reçu le mandat de rédiger le texte de la prochaine personnalité du mois. J’ai un nom en tête. Elle est méconnue de notre communauté. Et elle mérite d’être découverte. Alors je lui fais parvenir un courrier électronique. Une heure du matin sonne à l’horloge de la cuisine.
| “Bonne nuit Pat! Je viens d’avoir toute une idée! Que dirais-tu si c’était toi la prochaine personnalité du mois de la page Web du Centre francophone? J’ai le goût de te faire connaître... de te faire comprendre... Bon dodo. JM” |
Quelques jours plus tard, Patricia Ricard me répond dans l’affirmative.
Nous prenons rendez-vous. La voici qui débarque chez-nous le vendredi treize juillet. Neuf heures quarante-cinq! Il fait soleil. Il fait chaud, mais pas trop. Nous nous installons sur les chaises de parterre dans la cour arrière. Les pieds dans le gazon, nous sommes bien. La conversation débute, interrompue à l’occasion par le vol soudain des pigeons.
Voici le témoignage écrit de cette rencontre mémorable...
Jean-Marie: Bon matin Patricia! D’abord, je tiens à te souhaiter la bienvenue chez-nous en cette heure matinale.
Patricia : Merci beaucoup! Je suis très heureuse d'être avec toi ce matin! C’est très généreux de ta part. En passant, voici une copie du “Vox RDÉE : Le bulletin du Réseau de développement économique et d’employabilité de l’Ontario (RDÉE)” À l’été 2006, on y a fait mon profil. Cela pourrait t’être utile pour lors de l'écriture de ton texte.
Jean-Marie : Merci Pat! Je vais le consulter à la rédaction plus tard. Maintenant, je t’ai demandé de venir ici et de te prêter à cet exercice parce que tu habites Sault-Sainte-Marie depuis plus de trois ans, je crois. Moi, j’ai le goût de te faire connaître par tous les francophones qui forment notre communauté. Commençons! D’où viens-tu? Où es-tu née?
Patricia : Je suis née en 1965 à Kapuskasing. Mais, je n’y ai jamais habité. J’ai plutôt grandi à Hearst où j’ai fait le début de mon primaire. Puis, nous sommes déménagés en Abitibi-Témiscamingue, plus précisément à Évain tout près de Rouyn-Noranda. À chaque été, je revenais toujours à Hearst chez ma grand-mère pour y passer toute la saison estivale. Mon grand-père me gâtait toujours avec ses bols de fraises noyées dans la crème… Que de beaux souvenirs !
Je suis une fille du nord de l’Ontario! Je m'y suis mariée mais j’ai eu mes enfants à Rouyn. Le bon Dieu m’a bénie avec trois jolies filles : Marie-Ève, Raphaëlle, Émilie.
On dit que tout arrive pour une raison. Quelques annnée plus tard, entre Noël et le Jour de l’An, nous avons déménagé à Dubreuilville. Quelle aventure un peu folle ! Je revois encore l’aquarium avec un “ saran wrap ” et le chien qui y met les pieds… Tout un désastre !
Je suis demeurée douze ans à Dubreuilville. Très impliquée dans la communauté, j’ai fait du bénévolat avec le groupe de patin de fantaisie et j’ai aussi été la présidente du Conseil scolaire de Dubreuilville. Enfin, j’ai déménagé à nouveau, mais à Sault-Sainte-Marie cette fois-ci. C’était en 2004. J’avais alors quitté mon mari depuis mai 2002.
Jean-Marie : Pourquoi as-tu choisie notre ville et région comme prochain lieu de destination?
Patricia : Bonne question ! Bien, il y a trois raisons à cela.
D’abord, au RDÉE Ontario, on avait identifié un grand besoin au niveau des francophones d’ici. Très affaiblis par les assauts constants de l’assimilation, la communauté avait besoin de s’outiller afin de mieux être en mesure de se prendre en main. Je me rapprochais aussi des instances gouvernementales. Enfin, il y avait l’amour. Séparée, je m’étais fait un nouvel ami: Ed Lofstrom, le propriétaire de Martin’s Trailers, mon premier amoureux rencontré à Hearst, quand j’avais 16 ans. Qui aurait dit !!!
Jean-Marie: Merci Patricia ! Dis-moi, qu’aimes-tu dans la vie?
Patricia: Les choses très simples !!! J’aime une bonne bouffe, du bon vin. J’aime ma famille avant tout! J’aime m’impliquer dans les activités de mes enfants. J’aime la vie, point! J’aime tout le monde ou presque. Je suis humaine. Je n’aime pas rester fâchée. La vie est trop courte pour demeurer choquée! J’aime bien Sault-Sainte-Marie. J’y suis pour rester ! Je ne m’en vais pas ailleurs. De plus, j’y tiens à cette communauté francophone, ma communauté, et à sa cause! Mes trois filles reçoivent leur éducation en français. Je veux continuer à être capable de vivre et de m’exprimer dans la langue de nos ancêtres sans être trop militante; le faire en douceur; amener les gens à célébrer avec nous. Enfin, Ed vend des roulottes, des remorques et des bateaux. Mais, moi, j’ai peur de l’eau! J’aime les bateaux, mais pas l’eau!
Jean-Marie : En général, qu’est-ce que tu n’aimes pas?
Patricia : À part l’eau? L’hypocrisie! Dans mon cahier, je fais confiance à tout le monde. Jusqu’à ce que je m’ouvre les yeux. Je n’aime pas les gens malhonnêtes ! Et je déteste attendre! Je n’aime pas aussi le mensonge. Surtout quand je sais que les gens mentent. Je n’aime pas me sentir inutile. Faire le ménage, il y a tellement autre chose que nous pouvons faire à la place… comme aller camper ou magasiner !
C’est drôle, s’il y a de la vaisselle ou du lavage quand je pars, c’est encore là quand je reviens. Ce n’est pas comme les ados qui se sauvent quand ils en ont la chance ! Ça ne donne rien de se stresser avec cela.
Jean-Marie : Qu’est-ce qui te fais vibrer?
Patricia : Mon chum! (très gros et immense sourire) La cause française c’est quelque chose qui m’allume. Toutes les petites choses simples de la vie... J’aime la vie! J’aime mon boulot, puisque je viens en aide aux groupes et organismes francophones qui veulent se prendre en mains. Mon rôle au RDÉE Ontario, c’est d’accompagner les groupes communautaires au niveau de la planification stratégique, de l’élaboration de projets jusqu’à la mise en oeuvre. Nous suivons les étapes du développement économique communautaire (DÉC). Ce qui signifie que c’est toute la communauté qui fait la démarche ensemble. Nous sommes aussi en mesure d’outiller les groupes avec différents outils selon le besoin et même d’appuyer à l’écriture d’une demande de financement. En fait, nous impliquons les membres du conseil d’administration aux étapes de DÉC. Ce qui renforce leur capacité au sein du groupe. Comme plusieurs m’ont déjà entendu dire maintes et maintes fois : “Attention ! Il ne faut pas sauter d’étape au risque de se brûler ! ”
Jean-Marie : Super ! Dis-moi Patricia, quels sont tes passe-temps favoris?
Patricia : Les activités avec la famille, le camping, aller voir mon chum courser (drag racing), apprendre les techniques de vente pour l’entreprise de mon “Amour”! Vous avez besoin d’une roulotte ou d’une remorque ? Venez me voir ! Je vais vous arranger cela ! Hahaha…
À ce point-ci de l’entrevue, il est presque midi. Christine vient de compléter sa session de travail qu’elle fait par ordinateur. Elle ouvre la porte du bureau. Nos animaux sortent: Braelyn la petite Terrier Galloise, Griffon le Schnauzer nain, Surprise, la reine de la maison, la chatte au doux pelage calicot et blanc. Ils accourent tous vers “Papa”, découvrent Patricia et lui sautent dans les bras! Puis, Suzanne, notre voisine, sort de chez elle avec Rambo, son gros Labrador blond. Billy, la petite chienne du voisin témoigne de sa présence. On jappe ! On joue! Tout le monde parle en même temps. On partage chacun nos péripéties de la vie. On se montre des photos. C’est une joyeuse cacophonie. C’est l’été!
Patricia a le sourire radieux. Elle est bien. Elle est chez-elle. Entre francophones. Entre amis. Elle aime la vie. On le voit dans ses yeux. On le sent dans toute sa personne ! C’est à regret qu’elle nous quitte pour retourner à son travail stimulant.
Merci beaucoup Patricia pour ce matin enchanteur! Merci d’avoir ouvert ton cœur! De nous avoir laissé te découvrir. Passe un bel été sans malheurs, plein de bonheurs. Reviens-nous en grande forme à l’automne!




