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Personalités 2007

PERSONNALITÉ DU MOIS DE MARS 2007

JULIEN CHAPERON

Texte : Clément Germain

C’est à Ansonville en Ontario qu’est né Julien Chaperon. Mais ne cherchez pas sur une carte routière où se trouve ce petit village parce qu’il n’existe plus aujourd’hui; il a été dévoré par un plus gros. C’est-à-dire que les trois communautés de Montroch (le P’tit Canada), Ansonville et Iroquois Falls se sont amalgamées pour ne devenir que la municipalité d’Iroquois Falls. Déjà, à l’époque, il y avait une certaine rivalité entre les trois villages. Iroquois Falls, avec son moulin à papier, était plus anglophone avec ses “big shots”, tandis qu’Ansonville, berceau francophone pour les travailleurs de la papeterie, se vantait de ses trois épiceries. Aujourd’hui, c’est presqu’un village fantôme et une seule épicerie tire le diable par la queue tout en desservant la grande communauté. À peine à trente kilomètres de Timmins, les gens préfèrent y faire leurs emplettes. À l’époque, six mille personnes habitaient la région. Aujourd’hui, il ne reste que les employés du moulin à papier et quelques commerçants. On sent chez Julien une nostalgie et une certaine tristesse de voir son village natal réduit à l’état de fantôme.

2 Julien est allé à l’école primaire française “Les Martyrs Canadiens” jusqu’en huitième année. Après, l’école Ste-Anne n’offrant que la neuvième et la dixième en français, il aurait fallu s’exiler à Sudbury ou à Hearst pour continuer en français. Alors, Julien a opté de faire son secondaire au High School d’Iroquois Falls. Pour les filles, c’était le couvent d’Haileybury qui les accueillait pour poursuivre leurs études et peut-être même quelques bonnes soeurs. Et il ajoute en dérision : “Nous étions vraiment choyés, nous avions tout un sujet en français”. Comme son professeur d’orientation ne lui a jamais mentionné la possibilité de faire son école normale en français, Julien s’est donc dirigé vers North Bay au Teacher’s College où il a obtenu son brevet d’enseignement.

Durant le secondaire, il a travaillé les fins de semaine et toutes ses vacances à l’Abitibi. Avec ses sept machines à papier, on y produit un record de huit cent tonnes en une seule journée. Aujourd’hui, une seule machine en produit plus que cela chaque jour. Julien préférait travailler les quarts de nuit parce que, entre les bourrées de travail, il pouvait s’adonner à sa passion: la lecture. Le moulin produit surtout du papier journal.

Lors de sa première année d’enseignement, Julien a gagné moins d’argent qu’il ne faisait pour l’Abitibi avec ses fins de semaine et ses vacances. Ses amis étaient presque tous francophones et “lorsque nous avions la chance de jouer au hockey contre les anglais, on leur donnait ça.” C’est donc de loin que vient son dévouement à la défense des francophones. “À la maison, tout était en français; il n’était même pas question de parler anglais. Étant jeune, on ne réalisait pas l’assimilation envahissante.”

Julien a quand même de beaux souvenirs de sa jeunesse. On allait glisser avec des skis attachés aux bottes par des lacets. “On jouait au hockey sur des patinoires extérieures que nous faisions nous-mêmes”. Faute de rondelles, on prenait des “pommes de route” gelées et les jambières étaient un peu disparates puisqu’une jambe était protégée par le catalogue Eaton, l’autre par le catalogue Simpson alors que Dupuis et Frères servait à protéger autre chose. Le sport organisé, on ne pouvait même pas y penser, faute d’argent pour acheter l’équipement. Un jour, Julien s’est fait punir pour avoir laissé traîner son bâton neuf sous les gouttières. Sous l’action de l’eau, le beau bâton de hockey s’était redressé et n’était plus bon à rien.

Au secondaire, les élèves pouvaient prendre l’autobus pour se rendre à l’école mais ça coûtait .10$ chaque fois. Julien marchait souvent pour épargner cette belle somme. Quant à la messe du dimanche à la paroisse Ste-Anne à Iroquois Falls, on s’y rendait en traîneau chauffé tiré par un cheval. Il y avait des bancs et c’était, parait-il, très confortable. Le traîneau servait aussi à ses parents pour aller jouer aux cartes à Montroch chez ses oncles et tantes alors que les enfants en profitaient pour jouer avec les cousins et cousines. Le Jour de l’An, on faisait le tour du voisinage et de la parenté pour passer la Guignolée. On recueillait de l’argent pour la paroisse mais les chanteurs aimaient bien aussi s’entendre dire par l’homme de la maison: “Prenez donc un coup de P’tit Blanc ou de Caribou pour vous dérouiller le gorgoton; ça va vous aider à chanter”. Et à la fin de la tournée c’était une bénédiction du bon Dieu que le cheval puisse rentrer de lui-même vers l’écurie sans avoir à être guidé. Le cheval a finalement cédé sa place à une belle Dodge 1949. Mais celle-là ne rentrait pas d’elle-même à la maison: il fallait l’y conduire. Ah, ce qu’on doit payer pour le progrès!

La rue principale du village était déblayée mais toutes les rues secondaires et concessions étaient roulées: c’est-à-dire que la neige était tapée et durcie à l’aide d’un énorme rouleau tiré par des chevaux. C’était bien par temps froid mais quel dégât par doux temps! Heureusement que la neige fondait vite au printemps.

Julien aime bien faire la pêche à la barbotte avec son père le soir, au fanal. Mais si ça mord pour la peine, c’est moins drôle de passer la journée entière du lendemain à nettoyer la satanée barbotte. Mais quelle bonne soupe maman faisait avec ça! On ne pêchait ni la truite ni le doré mais au printemps on attrapait la carpe qui montait frayer dans un petit ruisseau. En hiver on n’avait pas de bonnes tarières pour percer la glace. On la défonçait donc avec une barre de fer. Comme les hivers étaient beaucoup plus longs et plus froids qu’aujourd’hui, la glace était plus épaisse. Je vous dis qu’on était content d’achever le trou et de commencer à pêcher, les deux bras morts.

Julien se souvient de la vie de chalet comme beaucoup de plaisir mêlé à beaucoup de travail. Avec deux terrains à entretenir, ça en fait de la pelouse à tondre et des roches à charrier pour empêcher l’érosion des vagues. C’est au chalet de Rice Lake que Julien a pris ses premiers ébats dans l’eau et y a appris à nager et à plonger. Sa mère avait les moustiques en horreur et la vie à Rice Lake était comme une torture pour elle.

Julien avait un esprit fort inventif puisque son traîneau, bâti à partir d’une boîte à beurre était muni de vraies lumières: c’est-à-dire deux cannettes contenant des chandelles. Il pouvait aussi déblayer les routes avec sa charrue (deux planches en V montées sur le devant du traîneau) tout comme les adultes.

Vers l’âge de dix ans ou douze ans, Julien s’est construit une cabane dans la cour en utilisant les 2X4 de son père, destinés à construire une rallonge à la maison. Ça lui a valu une bonne semonce de son père et sans doute une bonne fessée de sa mère parce que c’est elle la disciplinaire et c’est surtout Blandine qui a élevé la couvée. Laurent Chaperon travaillait sur les quarts de travail. Tous les enfants dont les pères ont travaillé de nuit savent de quoi je parle. On le voyait moins souvent mais on le respectait. Quand il travaillait de minuit à huit, on ne devait pas faire de bruit dans la maison pour le laisser dormir le jour. Mme Chaperon travaillait très fort; bonne cuisinière, elle faisait d’excellentes tartes mais n’allez surtout pas la contrarier. Un jour qu’un Témoin de Jéhovah montait l’escalier derrière Julien qui venait de lui ouvrir la porte, Blandine l’a sorti à coups de balai. Elle savait protéger ses enfants et sa maison: il faut savoir ne pas dépasser les bornes. Un jour, en camping à Kettles Lake, Mme Chaperon est en train de couper quelques branches pour faire cuire des guimauves sur le feu. Un voisin de camping bien intentionné est venu l’avertir qu’il est interdit de couper des branches dans un parc provincial. Il a vite déguerpi sous l’assaut de ces armes fraîchement coupées et maniées de façon experte par le bras puissant de Blandine: “Mêlez-vous de ce qui vous regarde.”

Julien aimait bien expérimenter. Un jour qu’il voulait décorer le blanc d’oeuf fouetté avec les traces de son budgie, le tout a mal tourné quand celui-ci a calé et commencé à battre des ailes dans le blanc d’oeuf. C’est encore avec le balai (sur le dos de Julien) que Mme Chaperon a remis les choses en ordre. Malgré l’arme préférée de Blandine, Julien se sentait plus proche de sa mère que de son père.

Julien regrette aujourd’hui de ne pas avoir enregistré toutes les histoires de son père avant sa mort. C’était un homme très connaissant qui a travaillé quarante-trois ans au moulin à papier. Il a été témoin de toute l’évolution des divers procédés dans la fabrication du papier. Du moulin à sulfite où l’acide sulfurique déchiquette les fibres du bois jusqu’à l’eau super chauffée qui obtient le même résultat. Donc, on n’a plus cette pollution d’acide sulfurique usé déversé dans la rivière Abitibi. Avec l’avènement de l’ordinateur et de la technologie moderne, beaucoup moins d’employés sont nécessaires à la bonne marche de l’entreprise.

Pendant la dépression, M. Chaperon travaillait deux jours par semaine au moulin et le reste du temps à différentes occupations. Bon charpentier il construisait pour les autres et il entreposait des blocs de glace dans une glacière isolée avec de la sciure de bois; ces blocs on les vendait à l’été. Mme Chaperon cousait des vêtements pour les enfants à partir de la grosse couverte épaisse pour sécher le papier et jetée au dépotoir par l’Abitibi. À force de travail et d’ingéniosité, ils ont réussi à élever leurs quatre enfants sans qu’ils ne manquent de l’essentiel.

Des deux filles, Cécile demeure à Ottawa alors que la plus jeune, Denise a épousé un travailleur de la papeterie et vit toujours à Iroquois Falls. Quant à son frère Jean-Claude, il a suivit l’exemple de son père et a fait carrière au même moulin que lui jusqu’à sa retraite il y a quelques années.

De retour à ses souvenirs d’enfance, Julien se souvient avoir coupé un gros sapin sur le lot d’un fermier parce que la cime semblait idéale comme arbre de Noël. Vous savez il ne faut surtout pas choisir une vulgaire épinette. Il se rappelle avoir travaillé d’arrache-pied avec ses amis pour abattre “en castor” ce gros arbre avec leur petite hache. Mais, ce dont il se souvient le plus, c’est d’avoir eu le diable de la part du fermier pour avoir coupé son beau gros sapin.

Si Julien doit porter des lunettes aujourd’hui, il l’impute à sa passion de la lecture. Quand il était couché et sensé dormir, il lisait dans sa chambre à la lueur du lampadaire de la rue. Ouvrir la lumière de sa chambre aurait attiré l’attention et le balai de sa mère alors il préférait lire avec l’ombre du moustiquaire en travers de sa page. Ou bien encore à la lueur d’une lampe de poche sous la couverture; n’importe quoi pour assouvir sa soif d’apprendre. Quant à Blandine, elle trouvait que les piles de sa lampe de poche baissaient vite et qu’on était loin de fabriquer des piles d’aussi bonne qualité que “dans le temps”.

À l’époque, on faisait ses propres activités. Pas de télévision pour se divertir, mais il y avait tellement de menus travaux à accomplir qu’on n’avait pas le temps de s’ennuyer. Il fallait égermer les patates à la cave, entrer le bois de chauffage (le bouleau, plus durable, était le bois de nuit alors que l’épinette ou le jackpine servait à chauffer le jour). Il fallait aussi couper le bois de chauffage au seize pouces. M. Chaperon organisait une “corvée” au printemps, dans le temps de Pâques avec les voisins. Pour faire tourner le bancs de scie, on se servait du pneu arrière d’un camion soulevé de terre. Une courroie autour du pneu servait à transmettre l’énergie au banc de scie. Ensuite, on avait le reste du printemps et de l’été à fendre ces bûches et les piler en belles rangées dans la cabane à bois.

On avait aussi un poêle à charbon. Alimenté par une réserve à la cave (fournie à prix modique par l’Abitibi), le poêle ne pouvait prendre de gros morceaux. Il revenait alors à Julien (le plus petit) de grimper dans le carreau à charbon afin de broyer les blocs trop volumineux. Il en sortait parfois aussi noir que le poêle.

De l’autre côté de la rue, c’était la cour à bois du vieux Dubergé. Julien se souvient du bruit constant d’un moteur très bruyant. M.Chaperon essayait de dormir et le claquement de ce vieux camion sans cabine le tenait éveillé. Quelle belle perspective pour le prochain shift de nuit sans avoir pu se reposer de la journée. Mais la cour à bois était un endroit idéal pour jouer à la cachette: que de recoins pour se tapir à l’abri de l’oeil de celui qui devait compter jusqu’à cent avant de partir à la recherche des amis cachés. Ou encore dans la grange on se faisait des tunnels parmi les balles de foin. C’est d’ailleurs là que Julien a goûté à sa première cigarette malgré les dangers d’incendie. Il ne faut pas non plus oublier l’employé, surnommé Taraud qui vaquait aux diverses tâches de la cour à bois.

Un autre passe-temps intéressant était de courir sur les “booms” de bois sur la rivière Abitibi. Le truc est de ne pas rester à la même place trop longtemps sinon la bille va caler sous ton poids. Il faut se déplacer constamment pour ne pas donner le temps au billot de s’enfoncer sous l’eau. Un genre de barrière flottante retenait le bois en haut du barrage pour empêcher qu’il n’aille s’enchevêtrer dans la chute d’eau. Mais quel plaisir de courir et traverser la rivière, libre comme le vent. Cependant les ours aussi profitaient de ce pont improvisé pour venir de la forêt au festin des poubelles du moulin. Et c’est encore Julien qui a dû leur faire face en faisant ses rondes comme gardien de nuit pour l’Abitibi. Ce travail consiste à faire des rondes et vérifier pour un commencement d’incendie. Le gardien doit poinçonner à différents endroits à des heures régulières pour prouver qu’il a bien vérifier à tel endroit à telle heure. Au printemps, les ours affamés faisaient leur ronde aussi à la recherche de nourriture dans les poubelles. C’est alors que le dernier venu, Julien, devait remplacer les gardiens réguliers qui avaient tendance à prendre leurs vacances à ce temps-là de l’année. Mais Julien ne s’en plaignait pas: comme il gagnait au-delà de deux mille dollars par année, il était prêt à affronter quelques ours. C’était du très bel argent pour un étudiant.

Même si tous les employés étaient francophones, on utilisait les termes anglais pour le travail. Il fallait faire la “sweep” sur la rivière à bord des alligators, petits bateaux de métal à hélice protégée. Il fallait “looser” les “logs” des “jams” à l’aide de “kant-hook” de “pry-poles” ou de dynamite pour acheminer les “pitounes” jusqu’à l’échelle qui les monte au moulin.

Julien aidait beaucoup à son père dans les petits travaux. Celui-ci lui a transmis l’amour de la menuiserie et il a reçu l’aide de son fils lorsqu’il a construit lui-même sa propre maison. Julien a acheté sa première bicyclette (une belle CCM à pneus ballons) avec son propre argent gagné à délivrer le Timmins Press à tout le village. Le samedi était une journée dure: en plus de passer le journal, il fallait faire la collecte et souvent il devait revenir deux et même trois fois pour se faire payer parce que les gens n’avaient pas d’argent. Il s’est aussi payé sa première montre: une Bulova et au début, il en était si fier qu’il regardait l’heure à toutes les deux minutes.

À dix-neuf ans, il est allé suivre un cours d’été. Grâce à son travail, ses parents n’ont jamais eu à payer pour son école mais par ailleurs, ils ne lui ont jamais chargé de pension quand il demeurait chez eux. Parlant de pension en 1959 les Chaperon ont pris chez eux comme pensionnaire une jeune fille à sa sortie du couvent de soeurs grises de la croix. C’était Thérèse Germain, ma grande soeur. Quelle coïncidence que quarante huit ans plus tard, Julien et moi puissions nous rappeler ce souvenir.

Julien a fait carrière comme professeur à Sault Ste. Marie. D’abord treize ans aux écoles primaires Sacred Heart et St. James avant de transférer au secondaire à Alexander Henry, d’où il a pris sa retraite depuis déjà quinze ans après trente-cinq années d’enseignement. Comme il a fait son école normale à North Bay, Julien a dû enseigner dans les écoles anglaises. Au début, il se considérait missionnaire: un francophone qui enseigne l’anglais avec un gros accent français. Au Henry, le jeune professeur a eu des tâches variées. Il a enseigné “remedial english” où il faisait de l’enseignement presqu’individuel et devait s’adapter au différent niveau de chaque élève et aux besoins de chacun. Julien a aussi enseigné l’imprimerie où les lettres d’un texte devaient être placées une à une à l’envers. Pour lire les mots on devait placer le tout devant un miroir. Les élèves imprimaient l’annuaire, un journal et des cartes d’affaire. C’était très différent d’une classe ordinaire. Les élèves créaient d’eux-même et pouvaient voir le résultat de leur travail: un annuaire ou un journal créé d’abord dans leur tête, assemblé de leurs mains pour obtenir un produit tangible. Aujourd’hui la technologie de l’ordinateur a grandement simplifié l’imprimerie et on peut faire les corrections sur l’écran.

Julien ne nous divulgue pas son âge mais nous dit qu’il aura soixante-dix ans l’an prochain. Il profite bien de sa retraite. De son père il a hérité l’amour de travailler le bois. Il fait beaucoup de bricolage dans son garage-atelier et fabrique même des stylos sur son tour à bois. Il adore voyager : il a visité la France et se rend presque chaque hiver dans le sud des États-Unis au Texas ou en Arizona. Mais il garde ses voyages en Alaska pour l’été. Il s’y est rendu quatre fois pour visiter son fils Pierre qui y travaille comme pharmacien. Celui-ci a fait ses études à Lake Superior State College et Ferris State College, a rencontré une jeune américaine de son goût, l’a épousée et le reste est passé à l’histoire. Leurs enfants, Carvell, Keara et Marelie sont là pour le prouver.

Julien ne visite pas que les autres pays. Avec sa roulotte, il a fait du camping d’un bout à l’autre du Canada, toujours en compagnie de son épouse Pierrette. Lors de ses années d’enseignement, ses étés étaient réservés pour les voyages de camping. Pancake Bay, Big Basswood, Ranger Lake ou Garden Lake le voyaient arriver à la fin de l’année scolaire pour le voir repartir au début des classes.

Très sportif, il aime nous raconter ses aventures et mésaventures de motoneige ou de canotage: il a sauté des rapides, versé dans l’eau glaciale, détruit le canot et perdu tout équipement. Maintenant qu’il s’est un peu assagi, il dirige son énergie à aider la francophonie où il est très impliqué dans divers organismes. Avec Jean-Marie Wissell, il a été l’un des fondateurs de l’ACFO régionale Supérieur-Nord. Il a siégé comme vice-président du Centre francophone alors que Solange Fortin était aux commandes. Membre du Club d’âge d’or, du Club Ste Croix, ex-président du Coin des Mots, il a siégé au sein du Comité Consultatif francophone d’Algoma (de Wawa à Elliot Lake) de 1988 à 1994. Depuis bien des années Julien est impliqué dans la vie paroissiale. Il a longtemps été en charge de l’entretien des lieux et il est responsable de compter la quête du dimanche. C’est en 1989 qu’il est devenu Chevalier de Colomb, membre du conseil des Grands Lacs # 7999 de Sault Ste. Marie. Il y a été Grand Chevalier ainsi que député de district et ça lui a donné la chance de se lier d’amitié avec beaucoup de francophones. “La chose la plus déplaisante de ma vie a été d’être impliqué dans la controverse de la résolution unilingue de Sault Ste. Marie; les gens ne comprenaient pas ce qui se passait. Et même beaucoup de francophones ont signé la pétition parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils signaient. Devant le juge, grâce à l’avocat M. Yvon Renaud, nous avons eu gain de cause, une satisfaction morale. On ne cherchait pas à prendre le pouvoir, seulement à revendiquer ce qui nous était dû. ” La ville a alors été obligée de rayer cette résolution néfaste de leurs livres. Actuellement, le Nouveau Brunswick est la seule province canadienne qui fonctionne dans les deux langues officielles.”

1 Julien a connu la jeune Pierrette Marchand, sa future épouse, très tôt dans la vie. Il est même très fier de nous montrer une photo à l’appui: lors d’une visite chez les Marchand, une famille amie de ses parents, Julien e Pierrette âgés d’environ trois ans, sont assis ensemble sur les marches du perron. Comme M. Marchand a été transféré d’Ansonville à North Bay, pour l’O.N.R alors que Pierrette n’avait que sept ans, les jeunes se sont perdus de vu pendant un bon bout de temps. Quand Julien est allé à l’école normale, ses parents lui ont suggéré d’aller rendre visite à cette famille d’amis. Julien avait depuis longtemps oublié la petite Pierrette mais il a vite été séduit par les beaux yeux de la jeune femme (sans mentionner son manteau de fourrure et sa Vauxhall bleue). Car il faut dire que Pierrette avait déjà commencé sa carrière et enseignait à North Bay depuis quelques années. Elle avait terminé son école normale à Ottawa et était qualifiée pour enseigner en français au primaire.

A l’été de leurs fiançailles, Julien avait opté pour un travail à North Bay afin d’être plus près de sa Pierrette. Sa tâche consistait à empiler les blocs de ciment et les briques à la sortie des moules. Il était tellement fourbu à la fin de la journée de travail qu’il était déjà au lit à sept heures. “Pas si mal pour vouloir rester proche de ma Pierrette”.

Julien s’est rendu à Sault Ste. Marie en 1958 (le pont international n’était pas encore construit et la route 17 Nord finissait à Montreal River). Comme les jeunes se courtisaient à distance, Julien passait 24 heures sur le train pour se rendre à North Bay. Après une carrière dans l’enseignement avec un hiatus de cinq ans à la naissance des enfants, Pierrette jouit de sa retraite depuis déjà treize ans. Elle adore jouer aux cartes: le 500 et le Canasta sont ses jeux préférés. Elle se laisse aussi parfois séduire par les charmes et les attraits du casino.

À la naissance de Pierre en 1964, le jeune couple a déménagé sur la rue Goulais parce qu’il n’était pas permis d’avoir d’enfants dans leur appartement. Danielle est née en 1965 et ils ont acheté une maison neuve sur Passmore en 1970. Danielle a fait son secondaire en français à Lakeway avant de se rendre à l’université d’Ottawa où elle a suivit un cours de comptabilité. En pension chez les religieuses, celle-ci n’ont pas eu la chance d’en faire une des leurs puisque Daniel Valiquette veillait sur ses intérêts et venait du Sautl lui rendre visite assez souvent. Maintenant établis sur la River Road, Danielle et Daniel ont trois enfants: Dominique, Martin et Céline. Les grands parents sont très proches de leurs petit-enfants et se trouvent chanceux d’en avoir au moins trois dans la même ville qu’eux.

Ayant vécu longtemps à Sault Ste. Marie, Julien y constate l’avancement inexorable de l’assimilation. “La francophonie c’est un pas d’avant, deux de reculons”. A cause des mariages mixtes on voit les enfants adopter l’anglais; c’est tellement plus facile. Julien se trouve chanceux d’avoir épousé une francophone forte dans sa langue et chanceux d’avoir des amis francophones. Il déplore la perte de nos coutumes comme les danses carrées, les gigues, la bénédiction du Jour de l’An, la guignolée ou la Fête des Rois. “Ayant la francophonie à coeur, il est encourageant et encore beau de constater qu’il y ait beaucoup de francophones qui sont fiers de leurs origines et sont confortables dans leur peau.”

Grand merci Julien et bonne chance!


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