
Personalités 2007
PERSONNALITÉ DU MOIS D'OCTOBRE 2007
HECTOR LECLAIR
Hector Leclair se décrit comme “Un gars bien ordinaire. Il n’y a rien qui m’énerve. Je suis riche: j’ai la santé et je mange trois fois par jour”. Eh bien, laissez-moi vous dire que ce n’est pas tout le monde qui sache apprécier cette richesse. Hector est un gars bien spécial pour sa belle philosophie de la vie et il a réussi à transmettre cette richesse à ses enfants et petits-enfants.
Né à Dundee, petit village de soixante familles près de Campbelton, Nouveau -Brunswick, il a été adopté par la famille Savoie à quatorze mois quand sa mère est décédée.
Son père, bûcheron dans les chantiers, ne pouvait s’occuper de ses cinq enfants dont Hector, le plus jeune. Celui-ci a vite fait partie de la famille Savoie à part entière, comme l’un des leurs tout en gardant un contact étroit avec ses frères naturels.
Élevé sur une ferme, il a vite appris à s’occuper des chevaux, vaches, cochons et des poules tout en s’initiant aux rudiments de la mécanique. Sur une ferme, il y a toujours quelque chose à réparer et cette expérience l’a bien aidé plus tard dans son métier de “millright”. Le “millright” est celui qui installe, maintient et répare toute la machinerie d’une usine, excepté l’électricité. La plupart des hommes de Dundee travaillaient au moulin à papier de Dalhousie, dans les chantiers ou sur les bateaux.
M. Lecler a abandonné l’école après sa huitième année pour aider M. Savoie à gérer le chantier de bûcherons dont il était contracteur. Hector s’est bientôt vu octroyer la responsabilité du transport du bois communément appelé alors “chariage” ou “ charroyage”. Avec quatre-vingt-dix hommes au chantier, on coupait de dix à douze mille cordes de bois par année. Une grosse responsabilité pour le jeune Hector. Tout le travail se faisait alors au “buck-saw” et avec des chevaux, jusqu’à l’arrivée de la scie mécanique et de la “skideuse” dans les années 50. La première scie d’Hector était une Hornet avec lame de trente pouces et une poignée à l’autre bout. Ça prenait deux hommes pour la manoeuvrer. À l’arrivée de Diefenbaker et ses Conservateurs au pouvoir, les contrats de coupe ont été octroyés à d’autres et on a dû fermer le camp.
Hector s’en vient à Aubrey Falls, Ontario, pour bûcher les arbres calcinés mais encore bons restés debout lors du grand feu de 1949. On devait le payer 10$ la corde mais en au lieu d’exiger une corde standard de 4'x4'x8', on payait 10$ pour une corde de 4'x8'x8', ce qui fait en réalité deux cordes de bois. Travail sale, dur et mal payé, Hector n’y reste que trois mois avant de retourner à Dundee.
C’est là que le vingt-huit décembre 1954 il épouse Fernande Audet, une jeune fille de la place qu’il connaît depuis la plus tendre enfance. Le couple commence bientôt leur famille de six enfants. Les trois plus vieux sont nés à Dundee alors que les trois derniers ont vu le jour à Sault Ste. Marie. Laissant Fernande s’occuper de la marmaille, au printemps de 1959, Hector monte dans la région d’Algoma pour y trouver du travail avec son camion. Il n’a pas peur de l’ouvrage et il faut s’éloigner de la maison pour faire vivre la famille parce qu’il n’y a pas d’emplois au Nouveau-Brunswick. Son premier travail, à Webwood, ne dure que deux semaines parce qu’on refuse de le payer. Comme il ne sait pas un mot d’anglais, il ne peut défendre sa cause. Il se jure alors d’apprendre cette langue et très vite à part de ça! Ce qu’il a fait d’ailleurs assez rapidement pour ne plus se faire rouler.
À vingt-neuf ans, seul avec son camion (Fernande est toujours à Dundee avec les trois enfants), il transporte la “pitoune” de quatre pieds pour l’Abitibi pendant six mois. Hector attrape alors la jaunisse et doit vendre son camion faute de ne pouvoir travailler. À son rétablissement, il conduit un camion pour Fernand Lebel pendant un an et fait aussi du travail de mécanicien. Son expérience sur la ferme familiale lui aide beaucoup à apprendre ce métier qui lui vient comme seconde nature. C’est alors qu’un “bunk à billots” qu’il est en train de construire tombe et lui casse un pied. Cet accident lui fait perdre un an de gagne-pain.
De retour à l’ouvrage, il est apprenti “millright” pour la Foundation , une compagnie de construction. Après une mise à pied de dix-huit mois, il entre dans le syndicat de la construction en 1965 et sillonne l’Ontario pendant trente ans à la suite des différents projets importants pour toute une série de compagnies différentes. De Windsor à Kenora, en passant par Aubrey Falls, Reynor, Sudbury, Timmins, Smooth Rock Falls, Kapuskasing ou Sault Ste. Marie, il vit dans des motels, des roulottes, des hotels, des appartements ou des camps de l’Ontario Hydro. C’est une vie dure et toujours un peu incertaine: “Où sera ma prochaine job?”
Beaucoup de responsabilités avec de la grosse machinerie qui vaut souvent des millions de dollars. Il doit de plus montrer aux apprentis tous les trucs du métier. La paye n’est pas si mal : heureusement qu’on lui fournit aussi chambre et pension.
Pendant tout ce temps, Fernande reste à la maison à élever les six enfants. Sans un mot d’anglais, en 1961, elle déménage à Sault Ste. Marie, en Ontario. C’est un dépaysement complet, comme d’arriver dans un autre pays. Puisqu’elle n’est pas gênée, elle se fait comprendre par des gestes. Elle vient à bout d’acheter une soudeuse électrique en cadeau de Noël pour Hector en mimant les gestes du soudeur devant deux commis de magasin qui pouffaient de rire. Mais, elle a obtenu ce qu’elle voulait. Elle n’était surtout pas pour ruiner la belle surprise d’Hector en lui demandant comment le dire en anglais.
Femme forte, Mme Leclair s’est bien débrouillée pour élever seule ses six enfants. En l’absence du père, c’était elle l’autorité absolue dans la maison et les enfants le savaient. En très bonne santé, elle s’occupait sans difficulté du roulement quotidien mais elle a trouvé difficile les moments de crise quand un des enfants était blessé ou malade. Sans automobile, elle devait se débrouiller comme elle le pouvait. Mais, elle s’en est très bien tirée puisqu’aujourd’hui, dans les rencontres de famille, on compte une quarantaine de descendants à partager les repas.
Aux Fêtes, on n’est qu’une trentaine à déguster les mets acadiens de grand-maman puisque ceux de l’extérieur de la ville ne peuvent pas venir. Marc demeure à Trenton et Jean à Kemptville près d’Ottawa. Quant à Micheline, Odette, Suzanne et André, ils demeurent tous au Sault. La famille Leclair s’agrandit toujours puisque Fernande et Hector sont maintenant arrière grand-parents. Vous devriez voir toutes les photos qui ornent les murs du salon.
La famille Leclair a toujours été très active dans la vie francophone du Sault. Paroissien de la paroisse St- Ignace jusqu’à la fermeture de l’église, M. Leclair a généreusement fourni son camion et son temps pour transporter toute la gravelle nécessaire à la construction de l’église Ste-Croix, aujourd’hui Ste-Marie-du- Sault. Catholiques fervents, M. et Mme Leclair ont prêché par l’exemple. Les enfants et petits enfants suivent leurs pas et s’impliquent dans la communauté francophone. Micheline entre autre, enseignante à Notre-Dame-des-Grands Lacs, chante dans une chorale depuis toujours et a fait partie d’innombrables pièces de théâtre.
Arnel, le frère curé de Mme Leclair se vante d’avoir fait une bon travail à célébrer son premier mariage puisque cinquante trois ans plus tard, le couple est plus uni que jamais. De plus, cette messe de mariage a été la première messe dite en français (avant, tout était en latin).
Mme Leclair dit de son Hector “C’est un homme bon qui a su pourvoir à tous les besoins de sa famille”. Ils forment un couple solide, fort dans sa religion et un bon exemple pour tous ceux qui les entourent.
M. Leclair ne semble avoir qu’un regret : ne pas avoir eu une meilleure éducation. Avec une huitième année seulement, les promotions ne lui ont pas été accordées. Heureusement qu’il est très doué en mathématiques, ce qui l’a grandement aidé quand le pays en entier a adopté le système métrique. “ C’était comme apprendre le métier de nouveau.”
M. Leclair, homme fort et costaud aimait bien une bière ou une douzaine de bières après avoir "trimé" dur toute la journée. S’il en achetait une caisse, il lui fallait en voir le fond. Mais, un jour après avoir failli être arrêté en état d’ébriété à un contrôle routier, la frousse lui a fait mettre la bouteille de côté et il n’y a plus touché depuis vingt ans. Perdre son permis de conduire équivalait à un arrêt de mort pour lui, devant prendre son auto pour se rendre au travail n’importe où dans la province.
En 1965, il a vu la mort de près dans un accident de la route. Sur le chemin de Foleyet, en revenant de Timmins, deux voitures se sont frappées face à face tuant sur le coup deux personnes dans la voiture où il était passager. Ayant appris la nouvelle de l’accident à la télé, Mme Leclair ne savait pas où était rendu son mari. Elle a broyé du noir jusqu’au lendemain quand elle a appris qu’Hector était sain et sauf à l’hôpital de Foleyet. Quel soulagement pour elle quand un des gars avec qui il travaillait à Timmins lui a remis le chèque de paye de son mari en disant “Hector t’envoie ça; il s’est fait brasser un peu mais il est correct.”
Après quatorze ans à la retraite, M. Leclair jouit toujours de la vie. Il aime bien passer du temps avec ses petits enfants et se tient toujours occupé à quelques projets. Merci M. Leclair pour votre bon exemple. Tenez bon et bonne chance!




