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Personalités 2006

PERSONNALITÉ DU MOIS D'OCTOBRE 2006

Lucie Gagnon

Lucie est passionnée. Passionnée par la forêt, la nature, la raquette, la beauté, les arts, les gens; en un mot, passionnée par la vie. Et cette passion est palpable tout autour d’elle; elle est visible dans tout ce qu’elle touche.

En entrant dans sa maison, une bonne odeur de bois vous accueille. Chaque bille de bois pour la construction a été équarrie à la main avec une herminette. On peut voir la marque de chaque coup de cette hache spéciale qu’un habile Finlandais a maniée pour aplanir les billots. Ceux-ci sont tellement imposants que cinq seulement suffisent pour construire un mur. Et pas un seul clou dans la charpente; tout est retenu par des chevilles de bois, à la mode ancienne. C’est une maison qui a du caractère.

1 Un pas à l’intérieur et on peut sentir l’amour de la nature de Lucie: un demi-canot pour abriter la télé, une paire de raquettes montée en lampe avec abat-jour en écorce de bouleau, des meubles fabriqués à la main par Lucie et son conjoint Bob Yankis, des cabanes d’oiseaux serties de galets de plage, des avirons pendus aux murs, des cornes de chevreuil et même un grand bol de pommes de pin. Rien ne détonne du thème "nature" si cher à Lucie.

Même à la fin août, deux paires de raquettes appuyées près de la porte d’entrée accueillent le voyageur et semblent inviter la neige à venir tapisser la piste de raquette que Lucie et Bob ont aménagé sur leur propriété. En hiver, plusieurs fois par semaine, aussi souvent qu’elle le peut, Lucie chausse ses raquettes et s’évade en forêt. Son heure préférée est en fin d’après-midi alors que les ombres s’allongent et tout est calme et paisible.

Originaire de Fauquier en Ontario, elle habite Goulais River depuis 2001. C’est sur les bords de la rivière Groundhog qu’elle a grandi. Elle y a appris à pêcher et chasser avec son père et à construire des cabanes de rondins avec son jeune frère Gaétan et ses amis. Elle aimait bien calfeutrer avec de la mousse entre les rondins pour empêcher le vent, la neige et la pluie de pénétrer à l’intérieur. Leur dernier camp était si bien construit qu’un groupe de motoneigistes l’a même adopté comme gîte pour leur relais quelques années après le décès de son frère.

Lucie était très proche de son frère Gaétan. Ils partageaient les mêmes intérêts, ils avaient beaucoup en commun. Ensemble, ils ont trappé, chassé et pêché. Malheureusement, le cancer est venu chercher Gaétan en 1976 à l’âge de seize ans. Il n’a pas vécu longtemps mais Lucie garde de bon souvenirs de ce temps passé près de lui. La mort de son frère lui a ouvert les yeux aux réalités de la vie et lui a donné beaucoup de maturité malgré son jeune âge.

Son autre frère, Maurice a un côté plutôt solitaire. Il a beaucoup voyagé et demeure encore à Fauquier près de ses parents. Il passe ses hivers au Mexique pour y enseigner l’anglais. Le père de Lucie, âgé de soixante-quinze ans, a une santé plutôt fragile. Il a dû commencer à bûcher dès l’âge de douze ans pour aider à nourrir une famille de sept enfants lorsque son père est décédé d’un cancer du poumon.

Quant à la mère de Lucie, elle est arrivée à Grégoire Mills à l’âge de 16 ans en provenance du Lac St-Jean. Suivant un père aventurier, la famille a abandonné une belle terre là-bas pour arriver dans un endroit pas défriché, sans route ni maison. Heureusement qu’une famille généreuse les a hébergés pendant le temps nécessaire pour se construire un logis. Aujourd’hui, Lucie admire la force mentale et physique de sa mère, encore toute jeune à soixante-huit ans.

Lucie a gardé de bons souvenirs de son enfance. Entourée de la nature, elle se souvient avec plaisir des glissades en traîneau et de la patinoire extérieure. Elle a eu une enfance chaleureuse, entourée de gens qu’elle aimait, dans un milieu plaisant et confortable. Un de ses souvenirs préférés est de mâcher de la gomme d’épinette que son père ramenait du bois après une semaine de bûchage. Lucie a bien apprécié sa grand-mère Gagnon, dame très fière et toujours bien habillée. La jeune adolescente aimait bien lui rendre service, pelleter sa galerie, peinturer avec elle ou simplement s’assoeoir et jaser tout en dégustant "une piqûre". "Une piqûre" consiste en une tartine de cassonade arrosée de crème fraîche. Mmmm... quel délice!

De cette enfance choyée, Lucie a gardé son enthousiasme et une belle attitude face à la vie. Grande rêveuse, elle se contente de peu de sommeil, au point que son père l’appelait "son guibou de nuit". Toute jeune, elle créait son propre monde imaginaire, mais aujourd’hui, elle est quand même plus réaliste. Elle a fait son secondaire à la Cité des Jeunes de Kapuskasing avant de se marier et de s’installer à Fauquier où son premier mari est décédé.

Aujourd’hui, elle n’a pas d’animal de compagnie mais pendant seize ans elle a eu une compagne fidèle, sa chienne Tendresse, qui l’a suivie de Fauquier et est maintenant enterrée à Goulais River. Elle aime bien nourrir les oiseaux de toutes sortes qui abondent autour de sa maison.

Son imagination fertile accompagnée d’une patience d’ange sont ses grandes alliées aujourd’hui dans son travail d’artiste. Dans son studio à la maison, Lucie peut passer des mois à exécuter un seul dessin. Son mode d’expression, le crayon à mine, requiert une délicatesse et une patience infinie. Lorsqu’elle commence une oeuvre, Lucie colle la note "Prière de ne pas déranger" à la porte de son studio et peut passer de seize à vingt heures d’affilée à la préparation initiale de son croquis. "Si l’étape de base est manquée, il serait plus difficile pour moi de réussir un bon dessin." Le souci du détail la pousse à utiliser les détails du sketch ou de la photo et pouvoir rendre au crayon toutes les nuances des couleurs et des teintes différentes.

Au lieu de s’asseoir devant un chevalet comme un peintre, elle dessine à l’horizontale, à demi-couchée sur une table de travail et le résultat est tout à fait fantastique. Signée “Luci”, ses pièces ont été exposées à Hearst, Kapuskasing, Petowsky, Sault-Sainte-Marie, avec une exposition solo à Loplops sur la rue Queen au Sault. Elles sont également en permanence à la boutique du Centre d’interprétation d’Agawa Bay ainsi qu’à son studio au 1064, Highway 552 W, à Goulais River. Invitée à Bracebridge, Lucie planifie d’exposer plus vers le sud, vers les plus grands marchés. Elle est la seule artiste que je connaisse qui utilise exclusivement le crayon à mine comme mode d’expression. Elle a commencé dans ce domaine il y a une dizaine d’années quand son frère Maurice lui a demandé de faire un dessin au crayon pour lui. Et maintenant, parlant de cet art, elle peut dire: "Je l’ai apprivoisé". Pour une seule oeuvre, elle peut avoir jusqu’à seize pages de notes, qu’elle appelle sont "livre de recettes". Elle doit visualiser le résultat final avant même de commencer.

Lucie a toujours aimé griffonner sur l’écorce de bouleau. Elle est autodidacte, c’est-à-dire qu’elle s’est enseigné son art elle-même, n’a pas suivi de cours de dessin. Comme expérience elle a fait de la peinture, du fusain, des logos pour les équipes de sport ou les clubs de santé; elle a fait du dessin industriel pour les ingénieurs et a même essayé la caricature avant de choisir le dessin au crayon comme son mode d’expression préféré.

Lucie aime "faire la popote" ; elle adore cuisiner, ce qui dit-elle exige du temps et de la patience. Mais elle ne répète jamais une recette; elle en essaie de nouvelles. À chaque fois, c’est une surprise. Quant aux recettes traditionnelles, elle les laisse pour sa mère. Lucie a même inventé sa propre barre nutritionnelle énergisante et la demande de ses amis était tellement grande qu’elle en vendait. Très consciente de la fragilité de la santé, elle utilise des aliments biologiques et des produits locaux quand c’est possible.

Très consciente de ses origines, elle est très fière d’être franco-ontarienne et a transmis ses valeurs à son fils Jérémie. "Quand je serai grand-mère, je veux que mes petits-enfants puissent me comprendre. Notre mode de vie a des couleurs différentes de la culture québécoise." Toute petite, elle adorait écouter son oncle André raconter ses aventures et ses exploits dans le grand nord comme trappeur et gardien de tour à feu. D’ailleurs, elle a elle-même trappé, planté des arbres et travaillé dans les pépinières de la famille Fillion à Moonbeam. Et encore aujourd’hui elle adore planter des arbres.

Comme sa mère, Jérémie adore la pêche, passion que lui a transmis son grand-père Gagnon. Il a passé beaucoup de temps avec lui soit sur les lacs, les rivières, au bord des ruisseaux ou bien à bricoler dans son atelier. Ensemble, ils ont construit un petit camp dans la forêt. Mais quel désastre quand une grande compagnie forestière est venue couper à blanc, laissant sur son passage un petit camp isolé et un vrai carnage.

Jérémie a fait son secondaire à Kap District High School pour finir à la Cité des Jeunes. Il est ensuite venue à Sault College pour un cours de machiniste en aviation. Camionneur, il a travaillé à Hearst, à Chapleau et à Kap. Son père est décédé quand il n’avait que dix ans et il reste présent dans la vie de Lucie. Il désire retourner à l’école pour devenir mécanicien en machinerie lourde.

En Bob Yankis, Lucie a trouvé l’âme soeur. Ils partagent les mêmes goûts, la même passion pour la nature. Bob est son bras droit, son appui, son soutien en tout. C’est lui qui fait l’encadrement de ses dessins, qui s’occupe de l’aspect technique de ses expositions. Il a fabriqué la plupart des meubles dans la maison, a aménagé le studio et le bureau. Lucie peut se fier à son habileté, son oeil juste et à son doigté. Cet hiver, il projette d’aménager au sous-sol une salle spéciale pour l’encadrement des dessins.

Ensemble, Lucie et Bob font une belle équipe de travail. Ensemble, ils ont canoté la rivière Agawa, la Groundhog, la Batchewana, et marché la Chippewa dans l’Abitibi. De plus, ils ont déblayé une piste de raquette sur leur propriété et une autre à Stokely. Pour Lucie, sa rencontre de Bob a été l’événement marquant de sa vie; elle se sent aimée, sécurisée, appuyée et plus heureuse. Son besoin de contact humain, d’aimer et d’être aimée en retour est comblé dans son union à Bob Yankis.

Merci Lucie pour tes valeurs, ta joie de vivre, ton amour de la nature et de ton art. Nous lançons ton invitation à la communauté francophone: "Tenez bon, ne lâchez pas, soyez fiers de vos origines et transmettez votre culture canadienne-française."


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